Comment un enfant approche un animal qu'il ne connait pas?

Voilà la grande question auquel je vais essayer de répondre, du moins, en partie, lors du colloque Multimod 2009, Multimodalité de la communication chez l’enfant : gestes, émotions, langage et cognition. Il accueille les plus grands comme vous pourrez le découvrir sur le programme.
J'avais parlé il y a quelques temps de cet événement international ayant lieu à Toulouse auquel je vais participé. Avant de présenter les résultats obtenus avec les enfants souffrant d'autisme, je donnerai les clés sur l'approche d'un animal inconnu, à savoir un cochon d'Inde, par des enfants typiques de 6 à 12 ans. Cette étude me servira à mieux caractériser les comportements des enfants autistes et ainsi avoir des données quantitatives qui font encore défaut dans ce domaine de recherche.
Une publication étant en cours d'écriture, je ne peux vous en dévoiler plus pour l'instant. Mais je ne manquerai pas de vous informer...

Présentation d’une revue phare: Anthrozoös

Dans le monde de la recherché, nous avons tous des revues importantes, dont les thématiques se rapprochent de notre travail. Pour ma part, l’une d’entre elles est la revue internationale Anthrozoös (1ère parution en 1987). Elle traite de la relation entre les Hommes et les Animaux et plus précisément des caractéristiques et des conséquences des interactions et des relations entre les personnes et les animaux non humains dans des domaines aussi variés que l'anthropologie, l'éthologie, la médecine, la psychologie, la médecine vétérinaire et de zoologie. Cette revue anglophone est publiée une fois par trimestre par la Société Internationale d’Anthrozoologie (ISAZ).

Les principaux lieux de Anthrozoös est d'aborder Les éditeurs, Anthony L. Podberscek (Université de Cambridge, UK), Patricia K. Anderson (Université de l’Illinois, USA) et Penny Bernstein (Université de l’Etat du Kent, USA) font partie des grands chercheurs s’intéressant à la relation entre les Hommes et les Animaux.


Pour accéder au texte des articles, il faut être abonné. Cependant, il est possible de consulter certains d’entre eux gratuitement, notamment :

- Gender Differences in Human-Animal Interactions: A Review de Herzog Harold

- The View from All Fours: A Look at an Animal-Assisted Activity Program from the Animals' Perspective de Hatch Alison


Bonne découverte à tous


31ième Conférence Internationale d'Ethologie

Le laboratoire Ethologie animale et humaine organise la 31ième Conférence Internationale d'Ethologie du 19 au 24 août 2009 à Rennes. A cette occasion, je présenterais une partie de mes travaux.
En attendant, nous recherchons des bénévoles pour nous aider à l'organisation de cette conférence. Vous trouverez ci-après le lien pour accéder au formulaire d'inscription : http://iec2009.univ-rennes1.fr/OrganisationDatabase.php

En dehors de vos heures de bénévolat, vous pourrez assister librement aux conférences.

Quand l’animal de compagnie participe au développement social de l’enfant

Quel est l’impact d’avoir des animaux à la maison sur le développement social des enfants? Toeplitz et al (1995) se sont intéressés à la question pour 540 enfants de 4, 6 et 8 ans (garçons et filles) vivant avec des chiens ou des chats. Les indicateurs du développement social utilisés sont la sensibilité sociale, les interactions sociales, les comportements prosociaux, et la confiance en soi. Les mères et les enseignants des enfants ont remplis différents questionnaires (ex : PARI – test d’attitude). L’équipe de recherche a mis en évidence que les enfants ayant au moins un chat ou un chien à la maison montrent plus de comportements prosociaux. De plus, les enfants ayant au moins un chat ont plus confiance en eux. Ainsi, avoir un animal à la maison permet le développement des comportements prosociaux, et ce dès le plus jeune âge avec une modulation en fonction de l’espèce animal impliquée.

AFPSA – Association Francophone de la psychologie de la santé – Congrès

Lors du 5ème congrès de l’AFPSA "Comportements de santé et facteurs de risques individuels et collectifs" qui se tient à Rennes, j’ai l’occasion de participer au symposium famille, environnement social et santé. J’y présenterai mes travaux sur l’influence de facteurs environnementaux sur le développement langagier des enfants avec troubles du spectre autistique. En effet, bien qu’il soit aujourd'hui admis que les comportements typiques se développent sous l’influence conjuguée de facteurs génétiques et environnementaux, au cours des dernières décennies, l'accent a été mis sur un déterminisme biologique des troubles psychiatriques. L’exemple le plus connu reste les troubles du spectre autistique (TSA). Depuis le rejet de la théorie de la « mère réfrigérateur », la majorité des études sur les TSA se tournent vers le biologique avec le soutien des nouvelles technologies (IRM, décodage du génome…). Toutefois, par cette étude, nous avons pu montrer que l’environnement, et en particulier l’environnement social, influence les TSA. Dans notre étude, les enfants avec TSA élevés par des parents de haut niveau d'éducation ont un développement du langage plus précoce. En outre, les enfants de mère de haut niveau d’éducation ont utilisé plus précocement leurs premiers mots et leurs premières phrases, montrant un effet de genre. À notre connaissance, cette étude peut être considérée comme point de départ à de nouveaux courants de pensée et de recherche, participer au rééquilibrage entre les influences sociales et les perspectives purement biologiques dans l’étude des TSA et enfin donner de nouveaux espoirs par l’utilisation de thérapies basées sur l’environnement.
Dans le cadre de mes recherches sur la relation à l’animal familier, cette étude permet d’appuyer la théorie selon laquelle, l’environnement social et familier participerait au développement des enfants souffrant de ces troubles. L’animal qui appartient à cet environnement peut donc lui aussi participer au développement comme beaucoup d’auteurs l’ont déjà supposé (e.g. Melson 2001). Il reste donc à quantifier tout cela….

Conférence invitée à Neuchatel (Suisse)

Le 28 juin dernier s'est tenu l'Annual Ph.D. students Meeting 2009 à Neuchatel en Suisse. Christelle Robert, co-organisatrice m'a invitée pour une conférence sur mon projet doctoral. Passé le stress de parler 45 minutes en anglais devant un public familier à cet langage, je me suis sentie à l'aise et le talk a énormément plu.

Les deux autres invités étaient Ties Huigens et Philippe Reymond, tous deux spécialistes des insectes et des plantes. Nous avons aussi été jury pour déterminer les meilleurs posters exposés lors de ce meeting. Après discussion animée entre deux spécialistes et une novice (moi-même), nous avons attribués les prix suivants:

  • Thomas Chrobock, Uni Bern (originalité du projet)
  • Tobias Kretzschmar, Uni Zurich (qualité du contenu scientifique)
  • Marc Steinegger , Uni Neuchâtel (présentation et clarté)
Ce type d'expérience m'a plu et je suis convaincue de la nécessité de faire connaitre les relations entre les animaux de compagnie et les enfants autistes ou typiques.

Des animaux et des familles


La Société Française de Thérapie Familiale Psychanalytique organise...


COLLOQUE NATIONEL DE LA SOCIETE FRANCAISE DE THERAPIE FAMILIALE PSYCHANALYTIQUE LYON, FRANCE, 6-7 JUIN 2009


Des animaux et des familles


Destins de l’animal familier dans l’imaginaire sociétal et en thérapie familiale psychanalytique

"De tout temps, l’animal et l’humain se sont liés dans un compagnonnage autour d’activités de travail et de survie, mais aussi dans des rencontres émotionnelles et affectives dont témoigne l’accroissement du nombre d’animaux familiers auprès d’humains vivant seuls, voire en errance, aussi bien que dans les familles. Ces journées seront l’occasion de réfléchir aux statuts de l’animal familier dans ses dimensions historique, anthropologique, voire scientifique, puisque les recherches sur l’humain s’effectuent de plus en plus en regard du fonctionnement animal. Nous travaillerons particulièrement à mettre en évidence les destins de cet animal familier dans l’intersubjectivité des familles et des couples reçus en thérapie."





Des chiens et des humains

France Inter a consacré son émission « la tête au carré » du 14 avril au sociologue, anthropologue et historien des sciences, Dominique Guillo et à la sortie de son livre « des chiens et des hommes ». D. Guillo, chercheur au CNRS (laboratoire GEMAS), travaille dans une perspective transdisciplinaire sur l'articulation de la biologie et des sciences sociales.

Avant même l'arrivée d'Homo sapiens sapiens, le chien nous tenait compagnie. Comment expliquer cette étrange association, cette place unique occupée par le «meilleur ami» de l'homme, par cet animal qui, assurément, sait si bien s'y prendre avec nous ? L'étude du chien se révèle riche d'enseignements, sur lui, bien sûr, mais aussi... sur nous-mêmes !
Qui est-il ? D'où vient-il ? Comment perçoit-il le monde ? Comment communique-t-il avec nous ? Comprend-il notre langage ? D'où viennent ses éventuels accès d'agressivité ? Et nous, d'où vient notre attachement à lui ? Vient-il compenser nos manques affectifs ? Est-il normal que nous lui parlions ? Que nous nous sentions compris par lui ? Au fil de la lecture, se dessine le paysage de la subjectivité canine, un monde bien différent du nôtre (non, le chien ne parle, ni ne rêve, ni ne voit comme nous...), mais avec lequel nous entrons facilement en interaction. Même tissée de malentendus, la communication est réelle, nous imposant d'abandonner l'idée d'une frontière infranchissable entre l'homme et l'animal. Il faut se rendre à l'évidence : le chien, avec qui nous avons construit une véritable société caractérisée par ses constantes, ses variations culturelles et son histoire, est finalement plus proche de nous que le chimpanzé.*

L’émission est disponible sur le site de France Inter jusqu’au 14 mai 09


*Source Fnac

Facteurs environnementaux influençant le développement du langage des enfants du spectre autistique

Une nouvelle publication à l’internationale vient de paraitre: Grandgeorge M, Hausberger M, Tordjman S, Deleau M, Lazartigues A, Lemonnier E (2009) Environmental Factors Influence Language Development in Children with Autism Spectrum Disorders. Plos One 4 (4) : e4683

Cette communication est publiée dans la revue Plos one, revue récente faisant partie des meilleures du moment et permettant l’accès gratuitement aux publications scientifiques.

En résumé, il est clairement admis que les comportements typiques se développent sous l’influence conjuguée de facteurs génétiques et environnementaux. Cependant, au cours des dernières décennies, l'accent a été mis sur un déterminisme biologique des troubles psychiatriques, comme les troubles du spectre autistique. Par exemple, de nombreuses études de ces troubles montrent qu’ils ne sont pas influencés par les parents. Si on s’intéresse aux recherches menées sur les animaux, il semble que les traits comportementaux - typiques ou pathologiques - peuvent être influencés par des facteurs génétiques et environnementaux.

Notre recherche s’est intéressé au fait que dans le spectre autistique, les troubles du langage pourraient être sensibles aux facteurs sociaux. Le langage étant un acte social, il se développe grâce à l’environnement social. Grâce à l'ADI-R (Autism Diagnostic Interview-Revised; Lord et al 1994), nous avons comparé un large panel d’enfants du spectre autistique dont les parents appartiennent à différents niveaux d’éducation. Les caractéristiques choisies sont celles du développement sensori-moteur et langagier.

Les résultats montrent que les enfants élevés par des parents de haut niveau d'éducation ont un développement du langage plus précoce (Fig 1). En outre, les enfants de mère de haut niveau d’éducation ont utilisé plus précocement leurs premiers mots et leurs premières phrases, montrant que le sexe du parent a lui aussi une influence.

À notre connaissance, cette recherche peut (1) constituer de nouvelles lignes de pensées et recherches, (2) participer au rééquilibrage entre les influences sociales et les perspectives purement biologiques dans l’étude du spectre autistique et (3) donner des pistes de réflexion pour la mise en place de nouvelles thérapies basées sur l'environnement.

Vous pourrez retrouver cette publication en pdf et en anglais ici



Figure 1: Pourcentages moyens d’enfants (A) utilisant leurs 1ers mots avant 24 mois (enfants sans retard) et (B) utilisant leurs 1ères phrases avant 33 mois (enfants sans retard)
Les barres noires représentent le groupe de bas niveau d’éducation (< niveau bac), les barres grises représentent le groupe de niveau d’éducation moyen (entre bac et bac + 2) et les barres blanches représentent le groupe de haut niveau d’éducation (≥ niveau bac +3).
La ligne noire indique le pourcentage moyen d’enfants dans chaque catégorie selon le niveau d’éducation du père ou de la mère selon une distribution au hasard. Les valeurs en dessous de la ligne un groupe le moins représenté dans la catégorie tandis que les valeurs au dessus de la ligne un groupe le plus représenté dans la catégorie.

Un dialogue entre les hommes et les animaux ? jeudi 2 avril 2009

Le Séminaire des Jeunes Chercheurs (SJC) en sciences humaines et sociales s’adresse aux doctorants ou étudiants de Master qui se destinent à la recherche. Plus généralement, il accueille tous ceux qui sont désireux de se tenir au courant de l’actualité scientifique de l'UPJV. Il est comptabilisé au titre des modules de formation du doctorat.

Sa spécificité ? Être organisé par les doctorants pour les doctorants.
Son objectif ? Faire se rencontrer, sur un mode stimulant d'échange et de confrontation, les acteurs de la jeune recherche picarde.

Chaque séance, mensuelle, est consacrée à un thème propre à réunir des doctorants travaillant dans des disciplines différentes. Au mois d'avril, ce séminaire accueille, ainsi que Marion Vicart sur le thème de la relation Homme Animal.

Le programme est le suivant....

Marion Vicart (EHESS-UPJV) : "Petit exercice de 'phénoménographie' pour les chiens"

L'homme et le chien vivent depuis des siècles une relation exceptionnelle couramment désignée de "relation de compagnie". Sur le plan évolutif, cette proximité interspécifique a fait naître chez le chien des caractéristiques sociocognitives spécifiques lui faisant tenir une place singulière dans la société des hommes. Notre travail de thèse, actuellement en cours, s'intéresse ainsi au chien, plus précisément à ses modes d'être, d'agir et d'exister en situations de vie quotidienne. C'est pourquoi, pour accueillir l'animal en sciences sociales, nous avons dû aménager un accès méthodologique adapté qui ne soit pas d'emblée conçu comme une architecture visant uniquement la connaissance des hommes. Parce qu'elle permet de faire tenir côte à côte l'homme et le chien dans les descriptions et qu'elle rend possible l'analyse comparative de ces deux présences, la phénoménographie est, selon nous, une ces voies d'accès vers l'équité. Nous en présenterons, dans un premier temps, les points essentiels. Puis, il s'agira d'adopter une perspective plus "empirique". Quelles différences et/ou similitude y a-t-il entre les manières d'être chien et celles d'être humain? L'homme et le chien partagent-ils des modalités d'existence en commun? A travers l'analyse photographique de quelques situations de vie quotidienne, nous examinerons ces questions dont l'objectif est de mieux comprendre comment se conjugue le verbe "être" aux modes humain et canin.


Marine Grandgeorge (Rennes 1) : "L'enfant autiste peut-il récupérer des fonctions cognitives et sociales par le lien à l'animal?"

L'autisme est un syndrome clinique défini par un ensemble de troubles du comportement qui se manifestent sous la forme d'un déficit des interactions sociales et de la communication, généralement associés à des perturbations de traitement de l'information auditive (aire STS) qui pourraient expliquer en partie le retrait autistique (Gervais et al 2004). Cependant, chez l'animal, une privation sociale pendant le développement peut perturber le développement de l'aire auditive centrale primaire tout autant qu'une privation sensorielle. De plus, un retrait social peut avoir le même impact qu'une séparation physique (Cousillas et al 2006; Hausberger & Gombert 2007). On s'interroge sur l'importance du retrait social sur le développement sensoriel chez les jeunes autistes: l'absence d'activation de l'aire STS est-elle la cause ou la conséquence du retrait social?
Une étude récente a montré que l'Homme pouvait jouer le rôle de substitut social pour une autre espèce, particulièrement chez les individus en privation social (Rousseau et al soumis). Ce rôle est depuis longtemps mis en avant pour les animaux domestiques et apparaît être crucial dans le développement cognitif et social des enfants, particulièrement ceux en difficultés sociales comme les enfants autistes. Dans de nombreux cas, les observations suggèrent en effet que ces enfants en présence d'animaux améliorent leur communication sociale. Bien que ces observations soient souvent rapportées, aucune étude scientifique n'a vraiment été menée sur ce sujet. Un réel besoin se fait sentir.
Ainsi, les buts de ce projet de recherche, s'articulant autour de mon travail de doctorat, sont donc de recueillir des informations sur différents points afin de comprendre (1) quelle influence l'environnement social peut avoir dans le développement de l'enfant autiste, (2) comment se met en place et se développe une relation entre l'enfant et l'animal, (3) quels sont les canaux sensoriels privilégiés, et (4) si des améliorations cognitives et sociales sont possibles.